Pour un journalisme constructif

21 juin 2013 14 h 42 min1 commentaire

A l’occasion du premier Impact Journalism Day instigué par SparkNews, Nicolas Blain, fondateur de Courant Positif, lance un appel à un traitement rénové de l’information. Un plaidoyer en faveur d’une information plus constructive qui favorise « l’empowerment » du lecteur comme remède à la résignation et levier vers l’action.

Jamais autant d’informations n’ont été diffusées quotidiennement par autant de sources et via un nombre aussi important de canaux qu’aujourd’hui. En somme jamais autant d’individus n’ont eu accès à une information aussi plurielle et exponentielle.

Dès lors micros, caméras, journaux et autres tweets se font les échos croissants d’une société planétaire en perpétuels mouvements. De nombreux secteurs se transforment. L’économie a vu apparaître le social business, le bio s’est taillé une place de choix dans notre alimentation et l’agriculture bouge elle aussi à la faveur d’une agroécologie qui a le vent en poupe. Autrement dit, l’innovation n’est plus l’apanage des seules Hi-Tech et la plupart des secteurs évoluent et (se) réinventent constamment.

Le temps de la rénovation

journalismeAlertes au carrefour de la vie politique, économique et sociale, les médias sont les premiers témoins et porte-voix de ce bouillonnement d’évolutions. Alors prennent-ils eux aussi part à ce mouvement ? Sur la forme, c’est certain. Les canaux médiatiques ont à l’évidence évolué via une présence accrue sur le web et les mobiles. Sur le fond, dans le traitement et la formulation même de l’information, les choses avancent plus lentement. Et si le temps était venu pour le journalisme de faire sa mue ?

Dans un contexte économique tendu où les rédactions s’efforcent de se maintenir à flot, il y a une opportunité à saisir. A la fois philosophique et économique. Voir et faire de cette crise l’occasion de la rénovation, c’est déjà être constructif. Les progrès technologiques des outils de diffusion sont une chance pour revitaliser le contenu même de l’information. En l’orientant vers une info plus positive. Déposons ici angélisme et naïveté. Optons plutôt pour l’audace, le pragmatisme et l’opiniâtreté.

Réponses concrètes

Qu’on l’appelle journalisme « citoyen », « de solutions » ou « constructif », toutes ces formes émergentes de traitement positif de l’information partagent une ambition commune. Celle de mettre en lumière des projets innovants imaginés et propulsés par des individus résolus à générer des réponses concrètes aux problèmes du quotidien. Ici des étudiants qui jettent des ponts entre les grandes entreprises et l’économie sociale, là 10.000 Irlandais qui plantent 1 million d’arbres en 24h grâce au crowdfunding, là-bas encore des inventeurs d’éoliennes volantes qui pourraient alimenter en énergie la planète entière. Bref, l’audace foisonne aux quatre coins du monde.

Et contrairement aux idées reçues, l’information positive intéresse. Mieux ! Elle se répand plus vite sur les réseaux sociaux que les nouvelles dites « mauvaises » selon le New York Times.  Et si « Le Libé des solutions » est l’une des meilleures ventes annuelles du quotidien, preuve en est que l’intérêt du lectorat pour ce type d’informations est là.

Mouvement en gestation

A l’étranger, le monde du journalisme constructif bouge et prend de l’ampleur. Des journaux positifs essaiment en Angleterre ou en Inde par exemple. Aux Etats-Unis le Réseau du Journalisme de Solutions a vu le jour. Au Danemark, un cours de journalisme constructif dispensé depuis janvier 2013 dans la plus prestigieuse école de journalisme du pays connaît un grand succès. Et la France n’est pas en reste.

Pionnière en la matière, l’ONG Reporters d’Espoir a ouvert la voie il y a 10 ans en fournissant des sujets d’initiatives responsables aux grands médias. Moins confidentielle, la jeune plate-forme collaborative SparkNews de Christian de Boisredon diffuse depuis 1 an des « vidéos solutions ». Courant Positif propose pour sa part depuis moins de 4 mois au grand public un contenu écrit gratuit quasi-quotidien. Ailleurs encore des jeunes voyagent pour faire pousser un journalisme constructif encore naissant. Ainsi Emmanuel Daniel arpente actuellement les routes de France alors que Quentin Noire s’envolera dans quelques semaines pour l’Afrique du Sud. Ces projets à saluer restent une goutte d’eau dans la galaxie médiatique. Ils sont les embryons d’un nouveau type de journalisme appelé à grandir et mûrir.

Un développement qui ne doit pas pour autant se faire à la marge. Le journalisme constructif n’aura en effet jamais autant d’impact, d’utilité et de pertinence que lorsqu’il n’existera plus en tant que tel, satellite relié par un câble encore ténu à la planète des mass médias. Sa finalité est de s’ancrer durablement dans les rédactions et écoles de journalisme pour pérenniser la rénovation de l’information. Le journalisme constructif devrait demain irriguer et transpirer des colonnes de journaux, chroniques radios et autres reportages TV. Pas une simple greffe, cette évolution vers un journalisme constructif doit lui permettre d’intégrer l’ADN même du traitement de l’information.

Audace et réalisme

Lorsqu’on parle d’ « information positive » cela évoque souvent dans l’inconscient collectif français une information estampillée « angélique ».  Or il est aujourd’hui nécessaire de se dépouiller des pesanteurs hexagonales trop vite associées à l’adjectif « positif ». Pour une raison très simple. La plupart des créateurs d’innovations sociales, économiques et environnementales sont animés d’une dynamique positive. Beaucoup d’entre eux d’ailleurs aiment à citer Gandhi qui prônait une approche positive de l’action avec son célèbre « soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». N’ayons pas peur des mots. Promouvoir l’information constructive, c’est aussi réhabiliter une certaine vision de l’engagement et du vocabulaire. Et par là-même de l’audace.

Etre positif face à la marche d’un monde qui ne tourne pas rond, « à quoi bon ? » pourrait-on se demander. Les défis du monde actuel et ceux à venir sont énormes. A commencer par le chômage et le changement climatique. Pour les relever, la résignation et le fatalisme ne sauraient représenter l’ombre d’une solution. Le défaitisme est la vase qui alimente la crise et enlise l’économie. Etre positif, donc constructif, c’est se placer aux antipodes de la naïveté. C’est être pleinement conscient des enjeux et conséquences de la realpolitik qui fait tourner notre monde. C’est aussi, surtout et d’abord, nourri de réalisme et de pragmatisme, continuer de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Car comme l’histoire l’a démontré à maintes reprises, l’audace d’innover et l’opiniâtreté dans l’action sont les deux seuls terreaux d’où germent les solutions.

Evolution par l’empowerment

Evoluer vers l’information constructive, c’est faire plus qu’informer. C’est insuffler la créativité et inciter au passage à l’action, à l’engagement et à l’audace. Face aux évènements du monde actuel, le lecteur, parfois éloigné voire impuissant, est souvent frustré, telle une simple chambre d’enregistrement d’infos. Aussi est-il plus que jamais nécessaire de distiller demain la notion d’« empowerment » en filigrane dans les articles et JT. Avec comme objectif de redonner au lecteur, avant tout citoyen, sa capacité de se voir, s’estimer et se projeter détenteur de moyens d’action efficaces pour changer son quotidien et celui des autres. Une dynamique doublement utile et pertinente à l’heure où la confiance envers les politiques et institutions perd du terrain.

John Fitzgerald Kennedy disait que « les problèmes du monde ne peuvent être résolus par des sceptiques ou des cyniques dont les horizons se limitent aux réalités évidentes. Nous avons besoin d’hommes capables d’imaginer ce qui n’a jamais existé ». Aujourd’hui plus que jamais cette innovation est nécessaire. Autant qu’il est indispensable de la faire rayonner le plus largement possible. Et ce, pour insuffler par ricochets en chaque lecteur une vision plus audacieuse et constructive de l’avenir.

Nicolas Blain

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1 commentaire

  • bonjour,

    Je suis à la recherche de sites où l’on me présente les informations positives.
    Je n’en peux plus d’entendre catastrophes,meurtres et compagnie.
    Certaines informations négatives n’apportent rien à part-pour certains médias- d’espérer faire de l’audience.
    Nous sommes nombreux à vouloir nous tourner vers ce qui marche mais les médias ne semblent pas avoir compris la voie du changement, bien au contraire ils entretiennent la morosité. Ils sont en grand partie responsables de la peur, de l’angoisse qui font que la plupart des gens n’osent plus faire de projets, ni investir ,ni espérer.
    Merci pour votre article.

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