Au Danemark le « journalisme constructif » souhaite rénover l’information

7 mars 2013 18 h 59 min5 commentaires

Depuis janvier 2013, une formation au Journalisme Constructif a vu le jour au Danemark. Dispensé par Catherine Gyldensted, spécialiste du genre, le cours propose de transmettre les clefs d’un traitement constructif de l’information. Traduisez pertinent pour la société et dépouillé des pesanteurs négatives qui imprègnent régulièrement les articles. Le succès est au rendez-vous.

Formation à guichets fermés

C’est dans les murs de la prestigieuse Danish School of Media and Journalism que s’est tenue en janvier dernier la première session du « Constructive News course » (formation au Journalisme Constructif). Aux commandes, Catherine Gyldensted, journaliste de métier, et Malene Bjerre, spécialiste en résolution des conflits.

Sur les bancs, 16 participants, dont deux tiers de femmes, tous journalistes. La plupart signent pour des journaux régionaux danois dont certains leur ont d’ailleurs volontiers payé la formation. 290 euros les trois jours. Plus de demandes d’inscription que de places disponibles pour la première édition. Avant même de débuter, le pari semble gagné pour cette initiative inédite.

Renouveler le traitement de l’info

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© Jean-Claude Coutausse

« L’objectif est de bâtir des compétences et de sensibiliser la profession. Et partant, de favoriser un traitement plus solide et constructif de l’information » a confié Catherine Gyldensted à nos confères de Positive News. Les participants sont invités à remettre en question leurs présupposés et méthodes parfois trop mécaniques de recherche et de transmission de l’information. L’idée est de prendre davantage de hauteur vis-à-vis d’une situation donnée. Pour ce faire, le duo de formatrices opère à l’aide de la technique Arbinger, utilisée en résolution des conflits.

« Il y a un intérêt croissant pour ce que j’appelle « l’interview constructif » dans lequel on se concentre et souligne les solutions d’une problématique autant que l’on met en lumière l’engagement et la collaboration des personnes qui s’emploient à résoudre la situation.  Cela change de l’« interview victime » largement répandue » explique Catherine Gyldensted.

En finir avec le lecteur impuissant

Aux yeux de celle qui a longtemps travaillé pour des médias nationaux au Danemark et aux Etats-Unis, deux raisons exigent de rénover la façon de traiter l’information. La première vise le lecteur, trop souvent réduit aujourd’hui à ressentir passivité et impuissance devant des articles qui le dépassent. Les journalistes devraient travailler à l’intégrer davantage comme partie prenante de la société. Le raccrocher le plus près possible du sujet traité.

La seconde justification est liée à la précédente et réside dans la chute du lectorat qui mine depuis plusieurs années les titres papier. Le phénomène révèle pour partie un besoin de rapprocher encore une fois le lecteur des sujets traités. Et donc de rapprocher les journaux eux-mêmes de leur lectorat. Présenter chaque information de façon plus proche et positive et inscrire davantage le lecteur dans le sujet traité est le défi que s’assignent les partisans du journalisme constructif.

Apôtre du journalisme constructif

Titulaire d’un master en psychologie positive, Catherine Gyldensted prêche depuis de nombreuses années lors de conférences en faveur d’un traitement rénové de l’information. Cet apôtre des nouvelles constructives est à l’origine de la page Facebook  « Science of Good News » créée en 2011. Le mois dernier, elle récidive en fondant avec son acolyte Malene Bjerre la « Danish Society for Constructive News ».

Au terme des trois jours de formation, Catherine Gyldensted s’avoue satisfaite, « les étudiants se sont montrés très ouverts à nos idées » s’enthousiasme-t-elle. Et à l’évidence le succès est au rendez-vous puisque les formatrices enregistrent déjà des inscriptions pour la deuxième édition qui aura lieu en mai prochain.

Alors que le concept prend doucement racine au Danemark, Catherine Gyldensten espère le voir s’étendre à d’autres pays. Demain, des cours de journalisme constructif en France ?

Nicolas Blain

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5 commentaires

  • J’avoue que je ne saisis pas suffisamment ce qu’est le journalisme constructif. Mais pour ce que j’ai pu en comprendre à la lumière de cet article, je me demande si beaucoup de professionnels des médias (en particulier ceux de l’Afrique) ne font pas du journalisme constructif à leur insu. En effet, avec tous les fléaux et notamment les conflits politiques auxquels l’Afrique est confrontée, ce sont beaucoup de journalistes qui s’efforcent de ne pas mettre de l’huile sur le feu et qui, sacrifiant au sacro-saint respect des faits, essaient de voir, au-delà de l’incertitude ambiante, des raisons d’espérer. Et qui, par cette attitude, invitent leurs lecteurs à l’optimisme.

  • Merci pour cette information, qui est en soi un bon exemple de journalisme constructif, puisqu’il interpelle positivement les professionnels de l’information.
    A preuve, je vous signale que,suite à sa rediffusion sur LinkedIn,un questionnement fécond, doublé d’une intéressante discussion, semble devoir s’y développer au sein du groupe des Journalistes francophones.Comme vous pourrez le voir en suivant ce lien:
    N.B. Plusieurs intervenants aimeraient avoir un peu plus d’exemples concrets de ce que cette équipe entend par « journalisme constructif » et « information positive », au Danemark ou ailleurs.(Notamment en France?)
    J’ai déjà esquissé un début de réponse, mais plusieurs images valent mieux qu’un seul long discours…

  • Ci-dessous, ma dernière intervention dans la discussion suscitée par votre article.
    Le lien pour y accéder: http://linkd.in/157rjIi
    _______________

    Sans aucun doute, Anne. Cet article ne donne pas d’exemple concret. Sinon qu’il est en lui-même un bon exemple d’information positive et utile à la communauté, ici celle des journalistes (incarnée par ces journalistes danois qui se sont précipités à ce cours).
    Et nous connaissons bien la vertu de l’exemple, vertu sur laquelle repose d’ailleurs le principe même de ce journalisme qui se veut constructif. Et semble bien y parvenir.

    Cela dit, il ne s’agit pas de s’en tirer par une pirouette, pas plus que de verser dans l’angélisme journalistique. Nous savons, ou plutôt nous croyons, nos lectorats avides de nouvelles qui les bousculent, les interpellent, les choquent même, comme nous-mêmes elles nous choquent. Et nous aurons donc trop souvent tendance à aller voir le mauvais côté des choses davantage que le bon (le fameux paradigme des trains qui arrivent à l’heure et dont on ne parle pas).
    Le « journalisme événementiel », comme je l’ai lu récemment, non sans étonnement pour une formule apparemment redondante, rime encore trop souvent avec « sensationnel » (voyez le traitement quasi immédiat ‘pile et face’ de l’élection papale, pleinement justifié sans doute, mais quel déballage et quelles tensions soudaines dans la presse…)

    Parlons plutôt de ce qui peut nous faire du bien.
    Personnellement, je peux vous donner au moins un exemple comparatif.
    Dans les saisons qui ont précédé ce rude hiver, les pics de pollution et les problèmes environnementaux ont plus d’une fois fait la une. Statistiques alarmantes, alertes, etc.
    Dans le même temps, combien de journalistes spécialisés dans ces matières ont traité, non pas seulement des drames vécus, mais des solutions apportées, trop discrètement il est vrai, à la faveur d’initiatives locales de « gouvernance ouverte »? Ce qu’on appelle ailleurs « open data », « open government » voire « open democracy ».

    Ainsi, savez-vous qu’à Paris, grâce à la décision, prise par un adjoint au Maire, de mise à disposition publique de toutes les données cadastrales de l’inventaire arboré parisien, jusqu’alors connues par les seuls services municipaux chargés de la gestion de ce parc, un réseau associatif d’internautes a pu enfin exploiter librement et largement ces données numériques. Pour, en un temps-record d’une quinzaine de jours, établir et diffuser auprès des services médicaux d’urgence et des associations de patients asthmatiques, entre autres, un relevé cartographique par arrondissement de toutes les essences et zones à risque saisonnier. Belle et bonne nouvelle, vous ne trouvez pas?

    Mais, encore une fois, combien de Parisiens ont entendu parler de cette remarquable initiative citoyenne dans leurs journaux et magazines, à la radio ou à la télévision?
    Combien de journalistes ont-ils pris la peine de se documenter sur le principe de la « gouvernance ouverte » et des avancées démocratiques majeures qu’elle autorise(rait)?
    Combien ont tenté d’informer l’opinion, non seulement à charge, mais à décharge?
    Je vous laisse réfléchir à cette simple question, qui me turlupine depuis l’école de journalisme: pour cent correspondants de guerre, combien de correspondants de paix?
    Et son corollaire: l’information est-elle un vecteur des pulsions belligènes de la société?
    Mais c’est là un autre débat, je vous l’accorde… A méditer quand même, tout comme l’élan cathartique soudain d’une profession pour les « good news ».

  • En France, il existe une association qui promeut une information non pas positive (ou « bonne nouvelle ») mais orientée sur la mise en évidence de solutions constructives/concrètes aux difficultés économiques, sociales, écologiques… C’est Reporters d’Espoirs. Ça fait près de 10 ans qu’ils travaillent sur le sujet….
    Voir http://www.reportersdespoirs.org

  • Reporters d’Espoir est une agence d’informations qui fournit du contenu aux médias, un peu comme Reuters ou l’AFP en somme. De ce que je constate, Courant Positif, qui met également en lumière un contenu constructif (projets, idées…), diffuse pour sa part les infos directement au grand public sur son site web. Ces deux projets semblent assez complémentaires, tant mieux.

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